Passoires thermiques : l’assouplissement annoncé peut-il relancer le marché locatif en Haute-Savoie ?
Le gouvernement a annoncé un projet de loi visant à remettre sur le marché une partie des logements classés F ou G au DPE, aujourd’hui bloqués ou menacés de sortie du parc locatif. L’objectif affiché est clair : créer un “choc d’offre” en permettant à certains propriétaires de relouer leur bien, à condition de s’engager dans des travaux de rénovation énergétique. Selon le ministère, près de 700 000 logements pourraient ainsi être remis à disposition.
Cette annonce constitue un signal important pour le marché immobilier. Depuis le 1er janvier 2025, les logements classés G ne peuvent plus être mis en location lors d’un nouveau bail. Les logements classés F doivent, eux, être concernés à partir du 1er janvier 2028. Cette trajectoire a eu un effet réel : certains propriétaires ont préféré vendre, retirer leur bien du marché ou attendre, faute de visibilité sur les travaux à engager.
L’assouplissement annoncé ne signifie pas un retour à la location sans contrainte. Le principe serait plutôt celui d’un délai accordé au propriétaire qui s’engage réellement dans une rénovation :
3 ans pour une maison individuelle,
5 ans pour un logement en copropriété.
Cette distinction est importante, car les travaux en immeuble collectif dépendent souvent de décisions d’assemblée générale, d’audits, de devis, de votes et de calendriers beaucoup plus longs que dans une maison individuelle.
Pour la Haute-Savoie, le sujet est particulièrement sensible. Le département cumule une forte tension locative, des prix élevés, une demande portée par les actifs locaux et frontaliers, et un parc ancien parfois difficile à rénover rapidement. L’Observatoire départemental indique que 19.4 % des logements de Haute-Savoie seraient susceptibles d’être exclus de l’offre locative s’ils restaient en l’état, un niveau supérieur à la moyenne nationale mentionnée dans la même analyse.
Dans le bassin genevois, cette mesure pourrait donc avoir un effet concret. À Reignier-Ésery, Annemasse, Saint-Julien-en-Genevois, Ferney-Voltaire, Prévessin-Moëns ou Saint-Genis-Pouilly, la rareté de l’offre locative pèse directement sur les ménages. Chaque logement retiré du marché accentue la tension. À l’inverse, permettre à un propriétaire de relouer tout en encadrant strictement son obligation de travaux peut fluidifier le marché sans renoncer à l’objectif de rénovation.
C’est aussi une bonne nouvelle pour les ventes. Depuis plusieurs mois, les logements classés F ou G sont souvent négociés plus durement, notamment lorsqu’ils ne peuvent plus être loués facilement. Le DPE est devenu un facteur de valeur, parfois aussi important que l’étage, l’exposition ou l’état général du bien. En redonnant une perspective d’usage locatif aux biens concernés, la mesure peut limiter certaines ventes contraintes et rééquilibrer les discussions entre vendeurs et acquéreurs.
Cette réforme annoncée envoie un signal positif : le logement existant doit redevenir une partie de la solution. En Haute-Savoie, où construire est long, cher et parfois contraint par le foncier, remettre des logements vacants ou bloqués sur le marché peut contribuer à détendre l’offre, sécuriser les propriétaires et redonner un peu de fluidité à un marché sous pression.