DPE : encore une correction annoncée pour les logements chauffés à l'électricité

Le diagnostic de performance énergétique (DPE) devrait une nouvelle fois évoluer au 1er janvier 2027 pour les logements chauffés à l'électricité. Après une première correction entrée en vigueur en 2026, le Gouvernement envisage déjà d'abaisser une nouvelle fois le coefficient de conversion de l'électricité en énergie primaire, de 1,9 à 1,7.

Sur le fond, cette évolution paraît cohérente avec le mix électrique français, largement décarboné. Elle soulève toutefois une question : pourquoi corriger encore aujourd'hui un indicateur dont les conséquences sur le marché immobilier sont déjà considérables depuis plusieurs années ?

 

Un indicateur devenu déterminant

Depuis la réforme du 1er juillet 2021, le DPE n'est plus un simple document d'information. Il influence directement les projets immobiliers. Son classement pèse sur la valeur d'un bien, les négociations entre vendeurs et acquéreurs, le gel des loyers de certains logements, les futures interdictions de location des passoires énergétiques et, de plus en plus, sur la manière dont un projet est financé.

En quelques années, une simple lettre comprise entre A et G est devenue un véritable critère de décision.

Or cette méthode de calcul continue d'évoluer. Le coefficient de conversion de l'électricité est passé de 2,3 à 1,9 au 1er janvier 2026. Un nouveau passage à 1,7 est désormais annoncé pour 2027.

Ces ajustements ne modifient évidemment ni la consommation réelle du logement, ni le confort de ses occupants. En revanche, ils peuvent modifier son étiquette énergétique… avec toutes les conséquences qui en découlent.

 

Un appartement vendu “E” en 2025… bientôt classé “D” sans aucun travaux

J'ai récemment accompagné la vente d'un appartement 3 pièces construit dans les années 70 et entièrement chauffé à l'électricité, à Reignier-Ésery.

Lors de son DPE réalisé en 2025, le logement était classé E, avec une consommation conventionnelle de 325 kWhEP/m²/an. À la suite de la réforme entrée en vigueur au 1er janvier 2026, l'ADEME a automatiquement recalculé son étiquette : la consommation est passée à 268 kWhEP/m²/an, sans qu'aucun travaux ne soit réalisé. Si la réforme annoncée pour 2027 est adoptée, ce même appartement atteindrait environ 240 kWhEP/m²/an et franchirait ainsi le seuil de la classe D, toujours sans la moindre intervention sur le bâtiment.

L'exemple est intéressant, car il ne s'agit pas seulement d'un changement de lettre sur un diagnostic.

Au moment de l'achat, le classement E faisait partie des éléments pris en compte dans le montage financier. Afin d'améliorer la performance énergétique du logement, les acquéreurs ont dû souscrire, en complément du prêt immobilier principal, un prêt travaux destiné à financer une rénovation énergétique permettant de gagner une classe.

Ce choix était parfaitement cohérent au regard des règles en vigueur. Mais il impliquait aussi une capacité d'emprunt plus importante, des démarches supplémentaires et l'obligation d'engager rapidement des travaux.

Pour de nombreux ménages, ce n'est pas anodin. Après un achat immobilier, beaucoup préfèrent s'installer puis réaliser les travaux progressivement, au rythme de leur budget et de leurs priorités, plutôt que de devoir tout financer dès l'acquisition.

Si ce même dossier était présenté après l'entrée en vigueur de la réforme annoncée pour 2027, ce logement serait probablement classé D dès l'origine. Le bien serait pourtant strictement identique : mêmes murs, mêmes fenêtres, mêmes radiateurs, même isolation, même consommation réelle. Seule la méthode de calcul aurait évolué.

Le dossier de financement pourrait alors être analysé différemment. Sans parler d'un refus systématique des banques pour les logements classés E, un bien affichant une meilleure étiquette énergétique peut nécessiter un montage financier moins contraint, attirer davantage d'acquéreurs et permettre aux futurs propriétaires de planifier leurs travaux selon leurs propres échéances, plutôt que sous la pression d'un classement énergétique.

 

Une réalité qui concerne aussi le Genevois

Dans le Genevois français, cette question concerne de nombreux appartements construits entre les années 1970 et 1990, souvent équipés d'un chauffage électrique individuel. Très recherchés par les primo-accédants et les travailleurs frontaliers, ces logements ont parfois vu leur classement énergétique peser davantage dans les négociations que leur emplacement ou leur état général.

La situation est encore plus complexe en copropriété. Un propriétaire peut remplacer ses radiateurs ou son ballon d'eau chaude, mais il ne décide pas seul de l'isolation de la façade, de la toiture ou des parties communes. Améliorer son DPE peut donc dépendre de décisions collectives qui prennent parfois plusieurs années.

Dans un bassin de vie où la demande reste très supérieure à l'offre, chaque contrainte supplémentaire sur ce type de logements influence directement le marché.

 

Une stabilité devenue indispensable

Personne ne conteste la nécessité d'améliorer la performance énergétique des logements. Rénover les bâtiments les plus énergivores reste un objectif essentiel, tant pour réduire les consommations que pour améliorer le confort des occupants.

En revanche, lorsqu'un indicateur influence le prix d'un bien, les conditions d'obtention d'un financement, les projets d'investissement et, à terme, la possibilité même de louer un logement, sa stabilité devient tout aussi importante que sa précision.

L'exemple de cet appartement de Reignier-Ésery en est une illustration concrète. Vendu comme un logement classé E, il pourrait devenir D en 2027 sans qu'un seul radiateur, une seule fenêtre ou un seul centimètre d'isolant n'ait été ajouté.

Cette nouvelle correction améliorera sans doute le classement de nombreux logements chauffés à l'électricité. Elle rappelle surtout que les propriétaires qui ont déjà vendu, renégocié leur prix ou adapté leur financement, eux, ne bénéficieront jamais de ces ajustements.

À mesure que le DPE s'impose comme un outil central du marché immobilier, il est légitime de s'interroger sur le calendrier de ces corrections successives. Car derrière une simple lettre affichée sur une annonce se jouent parfois plusieurs dizaines de milliers d'euros… et la réussite d'un projet immobilier.

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